LIAISON(S)


dna liaison(s)

Liaison(s): pas lettre morte! Que d’amour!

CABARECITES : So Dandy

Au TAPS Scala à Strasbourg dans le cadre de l’été 2014, saison estivale.

 

Voici le jeu qui démarre, sobre, feutré.

Elle, la marquise de Merteuil légèrement vêtue, de blanc, très évocatrice des sens en émoi, guêpière brodée très seyante, dentelles érotiques, frou-frou sensibles. Lui, le Vicomte de Valmont,de noir et blanc gainé, de son long corps affublé.

Lecteur, comédien, chanteur? Ils seront tout à la fois pour évoquer cet univers du désir, du mensonge, du jeu à la « Marivaux »: on se piège, on s’attaque, on s’attend au tournant dans toutes ces mises en scène du désir, du plaisir! Les lettres y sont le pivot, la conversation y règne en despote pour les échanges à distance, favorisant l’éclosion des sentiments, de l’attente, de la stratégie amoureuse et de ses débordements!

Égrenée d’extraits judicieusement choisis d’opéras de Mozart , voici l’intrigue qui enfle, se poursuit, envahit les corps, fait bouger ce petit monde clos qui tourne en rond dans ses fantaisies érotiques et sensuelles. Clarissa Worsdale, soprano, délicate, légère, sensible et grave à la belle voix mozartienne, déploie des trésors de malice et de gravité dans l’interprétation de sa Marquise sublimée!

Lui, Jean Lorrain, grand homme aux accents graves et pesés, se fait léger, rêveur quasi diaphane pour séduire et ne pas imposer. Talqué de poudre blanche, auréolé lui aussi de quelques dentelles et pourpoints dandy, il feint la passion et tous se prennent au piège de l’amour à mort!

La pianiste, elle, narratrice, de son bel accent confie et dévoile les méfaits des uns et des autres. De son doigté très inspiré, elle fait sourdre les petites et grandes notes de Mozart: très présente, Motoko Harunari, très discrète et subtile, aussi: en guêpière comme la marquise, complice!La mise en scène de Pascal Holtzer sert ce trio de choc pour façonner ce petit monde grouillant d’intentions pas toujours très nobles, mais opérantes!

Du bel ouvrage pour un genre « lecture musicale » à développer absolument!

Sous la caresse d’un piano à la fois voyeur et complice, deux comédiens- chanteurs se jaugent, s’affrontent, s’attirent, se repoussent, se manipulent, se blessent, se trahissent, se déchirent, et peut-être… s’aiment. Dans ce combat à mort, la frontière du masculin et du féminin se brouille, car tous deux sont vulnérables autant qu’ils sont impitoyables. Ce ne sont plus un homme ni une femme, mais deux protagonistes subissant dans leur chair les dégâts collatéraux de la passion. Tous les coups sont permis et personne n’en ressortira indemne. Par le prisme de la musique de Mozart et de l’œuvre de Laclos, la Cie Cabarecités propose une relecture de la guerre amoureuse où il n’y aura pas de vainqueur, seulement des victimes.

 

Geneviève Charras

http://genevieve-charras.blogspot.fr/